L'échange.

Depuis le début du 21eme siècle, la recrudescence des vocations aboutissent de plus en plus à une concurrence acharnée de la part des différents acteurs. L'absence d’éthique ou de déontologie finissent par tirer le métier vers le bas achevant un travail de sape entrepris sous un règne de la quantité, largement confirmé par l'explosion des officines et des conventions (1) sur le territoire national.

 D'ailleurs plus les contacts entre clients et artisans paraissent joviaux et plus ils relèvent de la basse réclame, délaissant une réelle prise en charge de la demande. L'affichage de tarifs invraisemblables par leurs moindres couts, assortis d'une taille de motifs tout aussi minimalistes faciliterons un jour ou l'autre, comme nous le développerons plus bas, la réalisation de ces pièces par des automates. Malgré la taille et le manque de lisibilité ces tattoos minuscules qui favorise la venue de ces futures machines sans âmes  se pratiquent sans aucune culpabilité avec en guise de porte-clef le sourire béat de l'heureux ou heureuse victime accompagné en feinte complicité jusque sur la place publique du net, preuve d'une course aux réseaux ou bon sens et équilibre laissent place au grès des messages à une frustration quotidienne. Cette frustration est souvent due à la non-reconnaissance d'individualités, chez le tatoueur comme le tatoué, en manque de notoriété et elle est surtout incompatible avec toutes recherches ou développements puisque nous sommes avec ce système au cœur même de la dissolution de tout principes.

Chose incroyable le choix du tatouage est maintenant dicté par le nombre de ses réalisations avec des allégations extraordinaires du genre:

-C'est un motif qui marche bien, nous l'avons réalisé (vendu) à 10 reprises cette semaine?!

(Passe encore, à l’époque des walk' in et street  shop ou l'essentiel était de ramener un souvenir de son passage)

ou encore:

-Moins cinquante pour cent sur les motifs d'Halloween?!

 Là ou les autres activités honorables ont développés un ordre corporatif encadrant et garantissant un meilleur service, ici, nous assistons à un délabrement total des accords tacites qui régissait la profession naissante.

Ce n'est pas par hasard que nombres de tatoueurs se retrouvent entrainés vers le choix d'un statut d'artiste en croyant s'extraire du dégout ambiant. En plus de l'envie, mal placée, de bruler les étapes d'un parcours et d'une voie de transmission, ce sont les mêmes qui sans aucune connaissances des principes de la réalisation d'une œuvre dans sa signification d'ouvrage propre au Moyen-Age, se targuent de productions artistiques dont la dénomination sert tout au plus à masquer le vide insondable en matière de filiation légitime.

 En ce qui concerne l'art, il faut souligner que l’anonymat des œuvres qui prévaut  jusqu’à la fin du Moyen-Age est basé sur le fait remarquable que l'artisan suite à une longue formation, en totale acceptation de sa fonction, de sa place au sein de sa caste et de celle-ci au sein de la société en arrive à ne concevoir que des pièces extrêmement travaillés qui méritent encore l'appellation de chefs d’œuvres, cela sans jamais apposer sa signature. C'est seulement à partir la décadente et mal-nommée Renaissance que les portraits qui flattent l'égo de leurs commanditaires commencent à être signé. Le rapprochement avec les tatouages modernes que l’on ne signe pas pour des raisons diverses dont celles de l'esthétique ou de l’intégration de la signature (2) ,  c'est qu'ils devrait naturellement au fil d'une certaine maturation faire apparaitre le style de son créateur. Et pourtant de plus en plus de tatoueurs contemporains aux dents longues sont aux antipodes de cette démarche, malgré le paraphe impossible, c'est leur soif de glorification qui est le moteur de leur geste. La rapidité fébrile, maladive d'appropriation de chaque nouveau style entraperçu et de son implantation sur la peau du premier cobaye témoigne non seulement de cette standardisation à outrance mais aussi d'un profond irrespect pour le client. Pour certain cela fonctionne, du moins jusqu'au moment ou l'originalité et la manière technique sans fondements réelles font vite place à celles d'un autre "artiste" en proie au mème vertige médiatique. Quand ces aspirations détrônés retombent, tous se retrouvent mis à l’écart et au bout du compte ne laissent aucune trace qui puisse prouver le moindre attachement, ni le moindre sentiment d'appartenance commune à un métier.

Pour préserver une vision tronqué du problème, on opposera à tout cela que ce qui compte c'est le résultat, encore une fois, pour occulter l'histoire et n'avoir en somme que la préoccupation de son quotidien au détriment d'interrogations utiles.

On avancera aussi de quel légitimité s'agit-il? Celle des tatoueurs plus anciens qui n'en finissent plus de creuser leur tombe pour s'ensevelir avec leurs derniers principes? Ou bien celles de nouveaux arrivants trop souvent à l'image d'une modernité oublieuse de toutes prérogatives?

Il s'agit simplement de comprendre et d'apprendre d'une génération précédente qui porte des racines communes comme par exemple celles en France du retour en grâce du tatouage hexagonal, l'un des plus proscrit de tout le continent. Cette acceptation du tatouage par l'ensemble du public pour laquelle ont souvent œuvré les tatoueurs de la première génération française ne serait ce qu'entre autres par de banales exhibitions des années 70 - 80 dans les bars, les boites de nuits, les soirées Rock'n'roll, sur les concentrations motos ou au salon de l'érotisme, démontre que nous sommes loin des vocations fortuites d’aujourd’hui dicté par un segment porteur ou par les épisodes de la  télé "réalité". Pour la plupart ces nouveaux venus ne s’embarrassent pas de réflexions ou ne prennent pas connaissance du point "a"et de son suivi historique jusqu'au point "b" qui permettrais d'établir une cohérence professionnelle. D'autres influencés dans leur jeunesse par la sensation immense de liberté diffusé par les premiers tatoueurs, aux looks hybrides exubérants, savants mélanges de bikers indianiste hippisant ,rockers dandy ou d'Indiana Jones proxénète, n'ont pas retenus l'esprit de ces codes de reconnaissance immédiate, de Copenhague aux Baléares, d'hommes libres sur le vieux continent européen, leurs préférences se portent plus à l'heure actuelle sur le seul signal grégaire et rassurant du port de lobes d'oreilles distendues, reste d'exotisme hindouiste qui tient place de légitimité branlante: Écarteurs égal tatoueurs ?

Pour en revenir à la dénomination d'artiste, loin de protéger de tout nivellement vers le bas (3) et les professionnels aboutis étant rarement ceux sorti des beaux arts, il servira seulement de démonstration aux autorités de tutelles pour prouver l'immaturité d'une profession en lien avec la santé publique et qui refuse la progression logique d'un métier traditionnel.

Le temps des tatoueurs officiant dans des baraques foraines à peut être, à un moment donné, justifier l'appellation d'artistes en rapprochement de ceux du cirque mais sans commune mesure avec le sens présent du mot, véritable fourre-tout de notre époque. Les titres honorifiques dont s'affublait les gens du sud des États-Unis comme Colonel, Major, Doc ou Professor, qui servait tout au mieux, à impressionner le quidam sont à ranger dans la mème démarche de comédie, duperie et d'usurpation carnavalesque que le terme contemporain d'artiste .

Aux tarifs revus à la baisse par des justifications diverses, comme les achats de matériels facilités par le cours des monnaies faibles sur le net (Quand CE rime avec China Export), suivent celles dictés par le sentiment que le nombre des réalisations compensent leurs prix  dérisoires. D'autre allégations pécuniaires reposent sur le fait de débuter avec des tarifs alléchants: -Moitié prix pour permettre à notre apprentie de ce faire la main?!, confirmation absurde d'une pratique dangereuse qui laissera des traces sans appel. Aucun métier digne de ce nom n'attribue le soin d'une quelconque réalisation à celui qui n'a pas fait ses preuves, on imagine sans peine les dégâts chez les dentistes ou les chirurgiens. Le fait de tenir boutique devient seulement l'excuse derrière laquelle essaye de se cacher le client floué et procure toutes les réjouissances à ceux qui exercent sans déclaration : ... pourtant, c'était un professionnel! 

Hé non, manque de chance, pas le bon jour, pas le bon endroit et pas la bonne personne....

Sur le plan de la valeur de l'acte, on voit , sur des conventions, fleurir les tatouages offerts par des artistes jusqu’au-boutistes nourri par le même désir compulsif, forcené de reconnaissance des pairs et du public, à l'abri de toutes contradictions, puisque n'officiant pas dans la zone géographique de leur clientèle habituelle. Si l'on se représente une convention comme la vitrine du métier, le risque de ces actes dévalorisants est tout simplement que le paiement de la prestation n'existant plus, le moment crucial de la rencontre d'un tatoueur pour l’élaboration d'un vrai projet commun sera facilement remplacé par des négociations avec un non professionnel moins regardant sur la validation du dit-projet. Le peu étant voisin du zéro dans l'inconscient collectif, dès que le bruit d'un tatouage bradé parvient à un certain public, déçu de ne pas se voir proposer "la belle affaire", celui-ci voudra découvrir l'objet semblable quasi gratuit de sa convoitise, mème si la réalisation se passe dans un garage ou un appartement de scratcheurs illégaux. Certes il y aura là un paiement minime( pas comme le saignement), puisque hors cadre, mais plus de l'ordre du troc, qui fournira le petit frisson de l'acte défendu très apprécier de toute une cohorte de pseudo-rebelles .

 Si l'exemple d'une baisse drastique du cout du tatouage qui eu lieu au États-Unis lors de la crise de 1929 est la seule qui se justifie historiquement, une prestation honnêtement rémunéré garantie souvent un accomplissement technique dont les seules limites sont celles justement du degré d’expérience de l'artisan. Bien que le papier monnaie ne corresponde plus depuis longtemps à sa valeur en métal précieux, ce mode de paiement concrétise pour l'artisan la mesure palpable de son travail, de son effort. La réalisation du paiement en monnaie réelle sous forme d’espèces doit rester une habitude inaliénable pour ne jamais banaliser l'acte déjà sous la qualification moderne et peu valorisante de service, pour en plus le réduire à une simple transaction par cartes ou par chèques.

Ces transactions numériques si elles se substituent à la monnaie nous conduisent vers un détournement complet du métier par des marchands d'encre (de la même veine de ceux qui aujourd’hui se remplissent les poches en accueillant des guests à tours de bras dans leurs "salons", vivant honteusement par procuration la vie qu'il n’ont pas su s'offrir) qui effectuerons simplement les recharges et les remplacements d'aiguilles de leurs cabines Inko-Matons du futur, avec paiements différés par cartes et puces corporelles, (ou alors ils mettrons en relation le demandeur avec un kit domestique expédié, pourquoi pas, sous forme de drones, qui suite à leurs travaux rapides et insipides, iront s’autodétruire après détection de l’incinérateur le plus proche.) à ce moment là ces transactions auront définitivement leurs places dans le système déshumanisant.

Les individus qui se soumettrons à de telles machines existent déjà lobotomisés par des années de jeux vidéos, collaborant à de factices univers parallèles, vivant par procuration la vie des autres, l'esprit rendu confus jusque dans le choix de leurs aliments, prêts à toutes les nouveautés (4) pour rompre l’extrême monotonie de leur existence amorphe.

Ces tendances incompatibles avec les relations humaines traditionnelles dénaturent peu à peu ce qui fait la prévalence de l'être humain créatif et conscient jusqu'à, sous prétexte de sa libération par la machine, on le soumette à un enchainement total comme cela c'est déjà passé avec les premières unités de productions moderne qui nous ont menés aux deux derniers conflits mondiaux, il va sans dire qu'à ce stade le tatouage servira malheureusement et à nouveau pour le marquage humain...

A suivre...

 

 

 (1) Le titre mème de convention laisse dans les fait de plus en plus la place à la réalisation de salons divers et variés. Si à la base le mot désigne une réunion ou une assemblée, il désigne aussi étymologiquement un pacte ou un accord voir une concertation. Malheureusement cette concertation est souvent négligé au détriment de la mutualisation des expériences par le biais des séminaires ou autres colloques et surtout son absence donne le champ libre à des pourvoyeurs d'événements sans liens aucun avec la profession.

 (2) Sauf chez les maitres japonais pour lesquels le tatouage est une extension de leur savoir et demeure sur ce plan leur propriété.

 (3) L'exemple du trash-aquarelle montre à quel point pour certain il est facile d'occulter l'aquarelle pour ne garder que les traits inconsistant du trash et ainsi dissimuler l’absence de dextérité derrière des motifs ineptes.

 (4) mème les plus dangereuses comme l'injection d'encre dans l’œil que l’on ne devrait jamais nommer tatouage.

 


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